Après l’extatique période de la Cigale en décembre dernier, j’ai avoué ces dernières semaines, devant vos yeux embués de larmes, ma lassitude de Vincent Delerm et tout ce qui l’entoure. Est-ce une évolution culturelle de ma part ou bien tout simplement une mauvaise passe ? Le mystère reste entier. Cependant, ma passion de l’écriture reste inchangée, et à la suite de milliers de mails de lecteurs aux abois, je me décide à entreprendre le récit tardif du tout dernier concert de Vincent Delerm avant que ce dernier ne nous quitte pour ouvrir quelque parenthèse plus personnelle.

Cela se passait à l’Olympia, le 1er juin 2007.

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    J’éviterai de me livrer encore et en corps à un récit fleuve décrivant les moindres détails de ce spectacle que nombre d’entre vous connaissent presque par cœur...et c’est loin de s’arranger avec le DVD qui s’annonce… Je vous dispenserai des charades sympathiques mais peu intéressantes d’un point de vue créatif ainsi que de l’anecdote de début de concert avec l’histoire du pain de mie qui remonte parce que le toaster n’est pas branché !

    Je me contenterai de mettre en exergue les moments nouveaux du spectacle et de vous faire part de mes sentiments après ce sixième concert de Vincent en moins de neuf mois !  (Que faites-vous dans la vie, Crème ? Heu…je travaille, je mange, je dors et je vais voir des concerts de Vincent Delerm. C’est tout !) Pas étonnant que je commence à être un peu écoeurée !

    Ecoeurée, pas vraiment en fait, mais plutôt indifférente par moment, un peu insensible à tout ce bonheur qui semblait animer ce music hall que l’on dit mythique. Il est vrai que l’Olympia n’a pas la chaleur douillette et familiale d’une Cigale ou d’un Européen et que son personnel, dont parfois la rigidité n’a d’égal que la condescendance, n’a pas arrangé les choses. A mon humeur morose, est venue s’ajouter la tête sympathique mais envahissante d’un grand gaillard bien bâti, venue se placer juste dans mon champ de vision. (M., je te dédie cette chanson : Comme un géant, Comme un géant…) C’était bien la peine de se ruer sur les meilleures places orchestre dès l’ouverture des réservations ! Je lorgnais d’un œil envieux les places merveilleuses de la famille Delerm qui s’ébattait joyeusement en mezzanine aux côtés d’un Michel Delpech bonhomme qui songeait sans doute à un éventuel nouvel album de duos…

Bon, voilà, ça c’était pour la partie aigrie de mon compte rendu.

Pour vous donner une idée générale, voici la setlist de cette soirée, habile mélange entre celle de Vindel et celle de Maia que je remercie pour leur mémoire ou leur faculté à prendre des notes sur leurs genoux et dans le noir.

Les piqûres d'araignées   
J't' ai même pas dit
Sous les avalanches
L'appartement

Et pendant tout ce temps

Les marmots
Voici la ville

4ème de couverture
Marine
Catégorie Bukowski par I. Jacob
Cosmopolitan

Sépia plein les doigts
Fanny Ardant et moi
Le baiser Modiano

Tes parents
Les filles de 1976
Félicie par Rochefort
Le monologue shakespearien
Il fait si beau
Deux soirs sur trois
Siffler sur la colline (Joe Dassin)
Les jambes de Steffi Graf
Chatenay-Malabry
Les piqûres d'araignée
Kensington Square
Déja toi

    En parcourant cette liste, nous remarquons que depuis la Cigale, certains morceaux ont disparu pour laisser place à d’autres. Ces changements m’ont paru plutôt positifs puisqu’ils ouvrent le champ à certaines nouveautés.

    Contre toute attente, la chanson qui vient remplacer Ambroise Paré après les incontournables Avalanches n’est autre que L’Appartement, petit joyau vieillot que l’on peut entendre sur le DVD  Un Soir Boulevard Voltaire et qui a dû ravir tous ceux, dont je fais partie, qui sont nostalgiques de cette époque où les journalistes écrivaient « Delerme » et pensaient que ce fils à papa sans énergie chantait comme Brigitte Bardot et ne pouvait plaire qu’à des trentenaires parisiens lecteurs de Télérama et suicidaires de préférence. Maintenant, la question que l’on pourrait se poser serait : mais pourquoi a-t-il choisi l’Appartement ?

    Autre chanson lente, une inédite cette fois, dont le titre officieux serait Et pendant tout ce temps, est une ballade « mélanpolitique », sorte de cri du coeur déçu face à l’élection du nouveau Président de la République… Pour les paroles et autres explications, rendez-vous sur "Deux zinédites et Puis s’en Va", article datant du 18 juin sur ce blog. Conséquence de cette nouveauté, la disparition de Dans la mesure où il pleut, précieusement mise de côté pour être sans doute redécouverte avec plus d’enthousiasme sur DVD…

    Quelques morceaux plus tard (je vous fais grâce des 4ème de couv, Marine, et autres Marmots d’actualité), le revival delermien fait une nouvelle fois surface avec l’arrivée quasi féerique de la douce et incontournable Irène Jacob (faire des duos aux concerts de Vincent Delerm semble être devenu son second métier), délicieusement revêtue d’une little sophisticated black dress et qui interprète seule comme une grande, la courte mais désormais culte Catégorie Bukowski, titre qui par ailleurs a inspiré le nom d’un célèbre blog consacré à Vincent Delerm. Après avoir déclaré cette indéniable vérité jamais respectée pourtant, que « c’est vraiment trop naze de mettre les gens dans des cases », la demoiselle ne s’arrête pas en si bon chemin et rejoint son bébé Pygmalion sur les ailes du grand piano noir pour un Cosmopolitan « comme autrefois »…

    Autrefois. C’est justement au tour de Sépia plein les doigts. Je somnole alors que défilent des annonces éducatives du temps jadis. Fanny Ardant me lance un seau de fraîcheur pour me réveiller, mais cela me donne soif, et je profite du rébarbatif Baiser Modiano pour me glisser à tâtons jusqu’au bar de l’Olympia. Là, grosse déception, le bar est fermé et je ne pense pas que Vincent Frèrebeau en pourparlers dans le hall désert puisse quelque chose à ma déshydratation. Je repars bredouille et la gorge sèche dans la semi obscurité et les applaudissements post-Modiano. J’escalade à nouveau jambes, parapluies et sacs à main alors que débute le diaporama Tes parents au cours duquel le public n’a pas spécialement brillé, il faut bien l’avouer.

    Passons rapidement sur Les Filles de 1976 ont 30 ans, au cours de laquelle nous apprenons avec l’intense émotion que vous imaginez que la célèbre Mathilde Lerute est secrètement dans la salle. Je n’ai pas eu le temps de l’apercevoir, malheureusement…je ne sais pas si je vais m’en remettre.  olympia2007vindel

     Mais faisons place à un phénomène, un acteur comme on les aime en France, un comédien à la fois classe et drôle, sachant porter son grand âge avec une sorte de distinction qui force l’admiration : j’ai nommé Jean Rochefort qui est devenu le grand copain à Dédé depuis qu’ils ont joué ensemble au ballon sur les plages artificielles d’un clip vidéo. Pas d’étreinte langoureuse cependant entre le comédien et le chanteur ; le célèbre présentateur de Winnie l’Ourson déboule sur scène ; les flashs crépitent, la foule en délire se lève. Rochefort entame seul et contre tous, accompagné au piano par Vincent, une truculente reprise de Félicie de Fernandel au cours de la quelle l’acteur d’Un Eléphant ça Trompe Enormément met tout son talent et toute son énergie pour faire de ce moment le clou du spectacle. Après un petit cafouillage évité de justesse sur « sous l’armoire y’avait une cale », Rochefort achève sa prestation sous les « hourras » et retourne dans les coulisses comme un boulet de canon, laissant un Vincent un peu hébété au clavier.

    Après un Monologue Shakespearien et un Il Fait Si Beau de folie, voici un nouvel évènement en exclusivité mondiale : une petite chanson jazzy sur la tournée des Piqûres qui prend fin et que nous appellerons Deux Soirs sur Trois et dont vous trouverez paroles, commentaires et vidéos dans "Deux zinédites et puis s’en va". Exit, de ce fait, Natation Synchronisée. Fallait-il alors se réjouir de l’émotion inédite de Deux Soirs sur Trois ou bien regretter l’absence de nos hilarants mexicains synchronisés ? Deux écoles s’affrontent; je vous laisse choisir la vôtre.

    S’ensuit alors une longue, très longue série de rappels. Vous connaissez ma position sur ce point. Siffler sur la Colline déchaîne les foules. L’Olympia frise la transe. J’ai le souvenir d’une version un peu brouillon et trop rapide de cette reprise de Joe Dassin. Il faudrait que je l’écoute à nouveau car entre les claquements de mains frénétiques et le chant exalté de mes deux milles voisins, je dois avouer un souvenir plutôt imprécis de ce moment pourtant fort sympathique. Les copains des soirées précédentes ont eu droit à Souffrir par Toi n’est Pas Souffrir (reprise de Julien Clerc), mais je doute des pouvoirs festifs de ce morceau.

    En ce qui me concerne, si j’étais Vincent Delerm, si j’étais chanteur, si je faisais l’Olympia et si ma tante était un homme, j’aurais mis fin au concert dès le feu d’artifice intimiste des Jambes de Steffi Graf. Et bien non. Dernière de la tournée oblige, Vincent Delerm se devait de nous gâter. Des rappels à la pelle. Châtenay-Malabry, tout d’abord, avec laquelle il espérait sans doute nous bercer puis, devant notre acharnement, les Piqûres d’Araignée avant laquelle Vincent prend la peine de nous expliquer que c’est le seul morceau que ses musiciens et lui jouent deux fois en répétitions, au début et à la fin, puisque c’est la première chanson du spectacle. La boucle serait donc bouclée et nous allions tous regagner nos pénates le cœur léger mais plein d’adieux !

    C’était bien mal connaître la ténacité dont certains delermiens peuvent être capables. Alors que, toutes lumières allumées et rideau tiré, nous enfilons nos vestes et nous dirigeons en processions recueillies vers nos portes de sortie respectives, deux excentriques perchés en mezzanine continuent imperturbablement à taper des mains. « Y’en a toujours qui ont besoin de se faire remarquer… », oui, je vous l’ai dit dès le début de cet article, j’était d’humeur grognon ce soir-là. Après de longues minutes d’acharnement, une troisième personne, de l’autre côté de la salle, rejoint les deux joyeux hurluberlus, puis une quatrième, une cinquième…le grand rideau rouge se met à trembler et finit par s’ouvrir. Delerm rayonne, détendu et visiblement heureux de ce moment imprévu. On récupère les musicos disséminés en coulisses et vas-y que nous voilà repartis pour une ballade à Kensington Square. Un attroupement se crée au bord de la scène ; on rallume la fonction vidéo des téléphones portables ; quelques personnes âgées un peu perdues ne savent plus si elles doivent rester ou partir.

    J’ai quitté les lieux au moment où les premières notes de Déjà Toi retentissaient dans une salle de l’Olympia ressemblant soudain à un amphithéâtre de fac pendant une réunion syndicale.

    Un peu laborieuse cette séparation avec Vincent Delerm. Mais étrangement, il commence déjà à me manquer…

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D'autres liens sur les concerts 2007 de Vincent à l'Olympia:

Les photos qui illustrent cet articles ont été (honteusement) empruntées à Alexandra (photo 1) qui fait un compte rendu sur le concert du 30 mai ICI, à Vindel (photo 2) et à TheOlive31.

Je vous invite, si ce n'est déjà fait, à aller lire le compte rendu de Maia qui a créé un blog très intéressant et très bien rédigé sur son métier de CPE mais qui fait aussi la place belle à sa passion pour la musique.

Des vidéos comme s'il en pleuvait grâce à LeOlive31 et grâce à Vindel sur Dailymotion. (au fait, existe-t-il un système pour télécharger ces vidéos? Cela me plairait de pouvoir les garder sur un DVD).