Aucun concert de Vincent Delerm n'est identique, que ce soit par la variété des anecdotes ou par la multitude d'invités prestigieux qui s'y succèdent et peuvent faire regretter parfois de ne pas avoir assisté à tous les spectacles parce qu'on a loupé celui avec Souchon ou Bénabar et que l'on a seulement vu celui avec George Moustaki et Renaud! C'est un fait, Vincent Delerm est l'ami des stars! Pourtant, les stars, sur ce blog, sont avant tout les inédites dont Vincent nous gratifie ça et là, et que les delermaniaques que nous sommes guettons comme les druides guettent le passage du Concorde et des oies sauvages. Deux inédites, donc, pour ces trois concerts à l'Olympia (j'écris plus longuement sur celui du 1er juin ici.). La première, Et Pendant Tout ce Temps, évoque le début d'une époque avec l'arrivée de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République tandis que la seconde, Deux Soirs sur Trois, clos une période de tournée riche en évènements.

                                                           delerm8wET PENDANT TOUT CE TEMPSsarkodelerm

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   Commençons tout d’abord par la chanson post élections présidentielles où la levée de boucliers massive de La Nouvelle Scène Française n'a pu venir à bout du triomphe Sarkozien. Vincent Delerm est déçu, tellement déçu de voir celui-dont-il-ne-veut-pas-citer-le-nom à l’Elysée qu’il enfourche son piano pour concocter une balade qu’il chantera à l’Olympia, quelques semaines après les sinistres résultats. Une musique à la mélodie superbe et triste à mourir, qui ferait passer Châtenay-Malabry pour une chanson à boire, un texte typiquement delermien, simple, écrit à grand renfort de noms de lieux Nord Parisiens, de stations balnéaires et de cinéastes d’art et d’essai. Comme à son habitude, Delerm ne se risque pas à débattre sur le fond et préfère les non-dits plus subtils mais non moins explicites. Souvenons-nous de qu’il disait dans Le Nouvel Observateur le 21 septembre 2006 :« Je pense que nous, artistes de gauche, sommes trop enclins à nous attrister face au pouvoir de l’UMP. Plutôt que de se laisser aller à la facilité de faire rimer « Sarko » avec « facho », je propose de prendre de la hauteur pour arriver à rire de ce problème. » A défaut de rire de ce « problème » comme il l’a fait dans  Il Fait Si Beau, Vincent, ici, se contente de décrire des moments de bonheur simples de la vie quotidienne comme se promener dans Paris ou voir un film de Jacques Tati mais qui sembleront être hantés, en parallèle, par le spectre de ce pouvoir politique tant redouté. Malgré tout, quelques références plus directes aux principaux points de discorde qui ont enflammé la campagne présidentielle viennent s’ajouter discrètement au texte, comme « la liquidation de mai 68 » et « la France qui se lève tôt ». Les « gens qui se lèvent tard », quant à eux, applaudiront avec enthousiasme et verseront une larme  nostalgique sur un bonheur désormais sali pour toujours ou pour cinq ans, tandis que l’autre partie du public feindra un sourire un peu jaune en se demandant s’il était vraiment nécessaire que Vincent Delerm use de ce talent qui lui est si personnel pour parler ainsi de choses qui divisent.

Des femmes regarderont

Dans l’square d’Anvers

Des toboggans vernis

Des tourniquets sans fin

Des hommes perdront leur temps

Les yeux en l’air

Au fond d’une librairie

Un peu comme ça pour rien

Et pendant tout ce temps

Ce s’ra lui le président

Et pendant tout ce temps

Des cousines parleront

Dans le Finistère

En juillet, à minuit, de leur année qui vient

Une fille et un garçon

A Berck sur Mer

Essuieront leurs yeux sur un générique de fin

Et pendant tout ce temps (3 fois)

Un monsieur repens’ra

Un soir d’hiver

Quarante ans en arrière

A deux ou trois slogans

Fin des années 60

Fac de Nanterre

Tu vois on n’s’était pas trompé énormément

Et pendant tout ce temps  (2 fois)

Nous marcherons la nuit

Filles du Calvaire

Traversant Paris juste pour la revoir

Nous aim’rons Jacques Tati

Eric Rohmer

Et nous ferons partie d’une France qui se lève tard.

Et pendant tout ce temps…

  (Je remercie TheOlive31 qui m’a permis de retranscrire les paroles de ce morceau dont la video est ici. Si vous remarquez une erreur dans les paroles, faites-moi signe.)

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DEUX SOIRS SUR TROIS

    La deuxième inédite avait été étrennée quelques dates auparavant. Au même titre que Claude François qui chantait « Huit jours sur la route et moi je rentre à la maison ce soir », Souchon fredonnant « Samedi tu fais guignol Dans un Théâtre provincial Où y’a les belles jeunes filles Qui trouvent le chanteur pas mal »   ou bien encore Chantal Goya concluant ses comédies musicales par « Au revoir, Il faut chanter ensemble, Au Revoir Avant de s’en Aller car ce Soir ce Chant qui nous Rassemble c’est l’Espoir que l’on Va se Revoir » (je reprends ma respiration virtuelle et vous laisse en même temps vous remettre du choc de voir ainsi Chantal Goya citée à brûle-pourpoint au milieu de ce blog dédié à Vincent Delerm…), Vincent s’atèle à son tour à la chanson sur l’artiste qui fait des tournées mais qui est avant un être humain qui aime aussi rentrer chez lui pour regarder la télé. Idée un peu kitsch penseront certains mais non dénuée d’émotion car même moi qui ne suis pourtant pas du genre à trouver des larmichettes là où il n’y en a pas, j’ai cru déceler une voix légèrement étranglée alors que Vincent nous faisait partager en chanson et entouré de ses musiciens, les secrets de sa tournée aujourd’hui achevée. (allez vérifier … et merci à Vindel une fois de plus.)

    Si je devais mettre une note à cette chanson (période de bac oblige), je crois que je donnerais 12/20. Pas plus. Je ne pense pas que Vincent ait essayé d'écrire le morceau de l'année, de toute façon.  J’aime toujours autant le côté jazzy qui habille le texte mais il me fait tout de même étrangement penser à « J’t’ai Même pas Dit ». Les paroles, gentiment tendres, ne parviennent cependant pas à se détacher des traditionnelles apparitions de noms propres en tout genre où, ici, se mêlent avec bonheur  Louis Aragon, Michelle Torr, Liane Folly, Bounty et autres villes comme Nancy, Lyon ou Carcassonne qui ne sont parfois là que pour la rime. Un peu étonnant pour quelqu’un qui disait avoir laissé le « name dropping » aux oubliettes. Allez, promis, il commence demain ! Je donnerais cependant un bonus pour l’originalité de l’initiative. J’ai trouvé très divertissant de remercier ainsi, en chanson, musiciens, techniciens et filles dans la piscine, dont une grande partie du public n’arrive généralement même pas à entendre les noms. Je remarque cependant que Vincent a remercié tout le monde sauf le public…je sais, je sais, je chipote…mais je retire mon bonus quand même, tiens !

   

On a trouvé un job assez sympa

Faire les malins sur scène deux soirs sur trois

Changer tout l’temps de chambre

Depuis fin septembre

Franchement on maîtrise à peu près à fond

Tous les auditoriums Louis Aragon

Les centres culturels

De la gauche plurielle

Signer encore un paquet d’livres d’or

Et juste à la page derrière Michèle Torr

« On s’éclate ici »

Signé Liane Folly

En fin d’tournée y’a des comparaisons

A Carcassonne,

C’est mieux chauffé qu’à Lyon

A côté d’Nancy

Y’avait moins d’Bounties

Derrière les ampoules, derrière les micros

On a planqué des mecs

Dans les rideaux

Des fantômes partout

A trois mètres de nous

Au son ce soir il y a Hervé Bourdooon……etc

                                                                                       On a trouvé un job assez sympa

Faire les malins sur scène deux soirs sur trois

Un bon job d’été

Pour l’hiver qui vient d’passer

(Merci à Jill pour les corrections)