Troye011106G_rardMonico  Avant-hier, j’ai réussi à vaincre mon épuisement de fin de trimestre pour monter jusqu’à La Cigale où se produisait Barbara Carlotti, cette chanteuse classieuse d’origine corse qui fait une pop aux accents 60s. Une sorte de Jacques Dutronc au féminin.

    C’est toujours intéressant de faire son entrée dans une salle de concert. On ressent tout de suite l’ambiance : si l’artiste est issu d’une grosse maison de disque ou d’un petit label, s’il connaît une franche réussite populaire ou, plus modeste dans son évolution vers le succès, si son public sera en grande partie composé d’amis et de membres de la famille, de fans assidus ou de bobos avides de nouveautés.

    Mardi, c’était un spectacle très familial. La salle regorgeait de gens qui se connaissaient tous et qui s’interpellaient d’un bout à l’autre de la salle « Eh ! Michel ! T’as vu Audrey ? » « Oui, elle arrive mais elle vient en taxi parce que sa mère a du mal à marcher ! » Pourtant, la salle a fini par se remplir doucement, malgré l’attroupement au stand des invitations qui empêchait l’entrée aux pauvres excentriques qui avaient eu l’idée saugrenue de payer leur place.

    En première partie, cependant, arrive sur scène une fille en robe René Dehry et incontournables bottes cavalières ; guitare sèche, grigri accroché à la sangle, mèche brune qui cache les yeux, jolie voix cassée, des paroles inoubliables telles que « Je meurs et je mords » ou « Qu’importe l’endroit, je suis toujours à l’envers »…véritable proie potentielle pour une imitation par la chanteuse Anaïs ! Cette jeune fille, j’en parle parce que vous en avez sans doute entendu parler : c’est Rose, la fameuse interprète de La Liste dont vous avez certainement vu le clip sur M6 et la pub sur TF1.

    Quel rapport avec Vincent Delerm, me direz-vous ? AUCUN ! En tout cas, s’il y a un rapport, je n’en ai pas eu connaissance. En revanche, Barbara Carlotti, en deuxième partie a eu quelquefois affaire au héros de ce blog :

    Tout a commencé le 21 juin 2006, lors de la Fête de la Musique à la Maroquinerie où se sont réunis divers artistes tels que Cali, -M-, Alexis HK, Jeanne Cherhal, Albin de la Simone, Franck Monnet ainsi que cette chère Barbara. Je connaissais juste sa chanson phare, Cannes, qui, à l’époque, passait en boucle sur radio Néo et pour laquelle je n’avais pas eu de coup de foudre particulier. Ainsi, lors de cette soirée à la Maro, Delerm est arrivé sur scène, une feuille de papier à la main, et a présenté Barbara, sexy à mourir dans sa robe en satin et ses talons aiguilles :

   - L’artiste qui va venir maintenant, c’est une petite nouvelle dans la classe, il va falloir être très gentil avec elle, explique Vincent.

    - Je n’étais pas très bonne à l’école, répond Barbara depuis son tabouret de bar.

    - Je ne vois pas le rapport ! répond le mufle Delerm avant d’entamer un duo sur la chanson Cannes.

    Ce morceau seyait très bien à Vincent, d’ailleurs, je ne sais si c’est à cause du name-dropping en veux-tu en voilà où du rythme un peu lancinant en adéquation avec sa nonchalance dandy dont il sait parfois user.

Sur la croisette, Nicole Croisille
lance un grand rire de pacotille
Que de belles filles !
15 jours à Cannes
Tout est possible !

    Depuis, sans parler de réelle collaboration, les chemins de Barbara et Vincent se sont croisés plusieurs fois, notamment à Troyes, Toulouse (et bientôt à Cannes) où Mademoiselle a fait la première partie de Monsieur. Des spectacles de rêve, en somme. Même si le style de Barbara est logiquement plus féminin, mais aussi plus sensuel, plus onirique, plus Art-déco (je ne peux m’empêcher de penser à des artistes comme Francis Scott Fitzgerald, Françoise Sagan, Cocteau, Mucha ou Tamara de Lempicka…), tous deux ont en commun de savoir cultiver désinvolture et profonde mélancolie, élégance et humour amer, fleurs coupées et coupes de champagne avec ce côté à la fois traînant et drôle, distant mais plein de malice.

    J’ai aimé Barbara Carlotti à la Cigale. J’ai aimé ses courbes charnues dans sa robe noire dont les bretelles glissaient, j’ai aimé son sourire franc, j’ai aimé sa voix chaude aux vibratos montants un peu désuets, j’ai aimé son déhanchement du haut de ses talons aiguilles en astracan, j’ai aimé sa façon de parler faussement hautaine qui avait du mal à se prendre au sérieux, j’ai aimé la reprise délicieuse de la chanson de Fernandel « Le tango Corse », son guitariste somnolant Jean-Pierre Petit, revêtu d’un pyjama et oreiller dans les bras. J’ai surtout aimé ne pas totalement adopter Barbara Carlotti. J’ai aimé demeurer quelque part en retrait face à cette prestation, restant un peu sur ma faim et en me disant que la prochaine fois, ce serait encore mieux.

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Copyrights photo 1:  Gérard Monico (Troyes 11/11/06)    2: site Barbara Carlotti

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