philippe_delerm               Impossible d'écrire sur Vincent Delerm sans faire référence à son géniteur. Pas simplement parce qu'il est le "géniteur" justement, mais aussi parce que leurs univers artistiques respectifs ne cessent d'être comparés et pour cause, il arrive qu'ils se ressemblent étrangement. Je profite donc de la sortie du nouveau recueil de récits de Philippe Delerm La Tranchée d'Arenberg et autres Voluptés Sportives pour entâmer un nouveau chapitre qui vous permettra, je l'espère, d'en savoir un peu plus sur ce père écrivain auquel on ne peut rester insensible.

    « Philippe Delerm est né le 27 novembre 1950, à Auvers-sur-Oise. Il est professeur de lettres au Collège Marie Curie à Bernay, en Normandie, où il vit avec son épouse Martine Delerm. » Voilà ce que disent laconiquement toutes les biographies consacrées à Philippe Delerm, au fil des sites Internet.

    Pourtant,  ce n’est pas là que vous comprendrez qui est vraiment Philippe Delerm mais dans son œuvre qui regorge de détails sur sa vie. Au fil des pages, les lieux et les visages familiers se succèdent et le lecteur en ayant la patience et la passion, pourrait tirer une véritable biographie complète de la quarantaine de livres écrits par Monsieur Delerm.

    Tout a commencé au bord de la Garonne, quelque part entre Montauban et Agen, dans la petite commune de Malause. Marthe y passe toute sa jeunesse auprès de ses parents qui ont une petite scierie où ils transforment en planches les peupliers achetés aux paysans du coin. Comme celui qui deviendra son mari, Adrien Delerm, (lui aussi issu du Tarn-et-Garonne), son aptitude pour les études lui permettent d’obtenir un bourse et de devenir institutrice. Le couple passera ainsi de nombreuses années dans ce qu’on appelait des « maisons d’école » dont le silence d’après classe et les odeurs si particulières resteront en mémoire de leur fils Philippe. Ils donneront naissance à quatre enfants : Jean-Claude (directeur du musée de l’Automobile à Mulhouse et qui publiera lui aussi des livres sur sa passion tels que 500 automobiles de rêve (Ed. Barthélemy, 1989), Simone (qui vit aujourd’hui dans la banlieue ouest de Paris), ainsi que Philippe et Michèle  .

    Marthe Delerm: la mère. Le papa, on en parle peu dans l’œuvre de Philippe Delerm. Elle est un élément important dans la vie de l’écrivain. Son affection pour elle s’y exprime avec pudeur et tendresse dans le livre écrit avec elle et pour elle : Le Miroir de ma Mère. (ed. du Rocher) Ainsi, l’on apprend que c’est d’elle qu’il tirera sa fameuse philosophie du bonheur : « Nous avons tellement de chance » (p.22 Coll. Folio) disait-elle. C’est en partie pour elle qu’il luttera pour être publié : « Maman m’a vu devenir écrivain. C’est peut-être un peu niais, vaguement ridicule, mais qui m’enlèvera cette fierté ? » (p.133 coll. Folio). Mais surtout, c’est par elle qu’il goûtera au luxe, ce quelque chose qui l’attirait et l’attirera toujours et peut-être sans doute qui nourrira son ambition littéraire. Mais quand je dis « luxe », je ne parle pas de ce clinquant superficiel dans lequel se roulent oisivement certaines Paris Hilton. Non, ici, le « luxe » est comme une sorte de rêve éveillé furtif, une parenthèse, quelque chose que l’on effleure mais auquel Philippe et sa mère ne voudront jamais vraiment appartenir, à l’image de la scène du bal costumé, dans Le Grand Meaulnes, roman d’Alain Fournier auquel il fait souvent référence. Fréquentant les écoles primaires des villes les plus chics de l’Ouest Parisien, (Le Pecq, Saint-Germain-en-Laye, Sèvres…), la famille Delerm chaparde quelques bulles de champagne. Dans Le Miroir de ma Mère, le luxe est symbolisé par un petit pudding rond saupoudré de sucre glace et serti d’une cerise confite que le jeune Philippe et sa maman ramenaient à Louveciennes quand ils allaient frôler, le temps d’une après-midi, les rêves parfumés des grands magasins de la capitale.

    Le luxe devient bonheur seulement lorsqu’il est rare. Le moment du petit pudding, le rêve furtif du bal, ils y resteront fidèles tous deux : Marthe retournera dans sa bonne vieille maison de Malause le temps de la retraite venu. Philippe se refusera à quitter le monde de l’enseignement malgré le succès de ses livres, et s’il abandonne sa province monotone pour quelques jours de mondanités promotionnelles parisiennes ou pour aller voir son fils sous les projecteurs, c’est toujours pour mieux la retrouver. « …du parfum, du champagne, il reste quelques bulles et le sillage de son rêve. »

A suivre: la relation fusionnelle entre Vincent et son père, qui s'exprime jusque dans leurs écrits.