d_d_Jeanne                 "I am not Jesus but I have the same initials" (Jarvis Cocker)

   

    Comme Candy et Annie qui ont été adoptées par la gentille Mademoiselle Pony, Jeanne Cherhal et Vincent Delerm ont grandi ensemble dans la maison du bonheur tenue par le gentil Vincent Frèrebeau, gentil directeur du gentil Label Tôt ou Tard.

    Ils ont d’abord suivi la même voie, partageant parfois la même scène comme lors d’une série de concerts à l’Européen en 2001. Ils y faisaient leur première partie respective à tour de rôle, « un coup moi, un coup toi », tant leur succès naissant et leur amitié les liaient. Cependant, même si la fille d’institutrice et le fils de professeur exerçaient tous deux leur art par le système du piano-voix, quelques éléments les différenciaient déjà : elle avait des tresses, il portait la barbe, elle poussait des éclats de voix tel le chant du cygne, il chuchantait, elle contait les aventures de femmes qui se « faisaient titiller la cerise » ou déploraient la fainéantise et l’alcoolisme de leur rejeton, lui préférait les dames mélancoliques des banlieues bourgeoises et les actrices de cinéma distinguées immobiles dans leur cadre.

    Puis, Vincent a été emporté comme par une bourrasque vers un ciel triomphant alors que Jeanne se laissait doucement flotter tel un vent frais, jusqu'à des sommets plus modestes. Alors que Vincent investissait les plus grands music-halls parisiens, applaudi par des Souchon et autres Cali, Jeanne, de Cigale en Bataclan, invitait un certain Jacques Higelin pour fredonner une berceuse insomniaque (Je voudrais dormir) ou son ami Albin de la Simone pour une reprise amoureuse de Franck Sinatra.

    Pourtant, leurs chemins n’ont jamais cessé de se croiser, que ce soit en « ménage à trois » avec Albin de la Simonedelermsciencepo200501 pendant certaines sessions FNAC ou RTL en 2004 ou encore lors du festival de Juan-les-Pins en juillet 2005. Jeanne et Vincent ne ratent jamais une occasion de se retrouver, pour une fête de la Musique à la Maroquinerie ou l’enregistrement d’un album. ( Jeanne et Albin font les chœurs sur Il fait si Beau) Il ont même gardé un « vieil » ami en commun puisque le chroniqueur Bénichou, sans doute spécialisé dans le heavy metal et le rock festif, a déclaré qu’ils étaient tout deux « ennuyeux ».

    Encore aujourd’hui, les passionnés de ce qu’on appelait et qu’on appelle encore parfois La Nouvelle Chanson Française, ont encore en esprit ce lien Cherhal-Delerm même si l’évolution musicale des deux artistes semble peu à peu prendre des directions différentes. Car si Vincent a préféré une pop suédoise fleurie à la batterie caressante, Jeanne a peu à peu adopté un son plus rock, que ce soit aux côtés de son ami fidèle JP Nataf avec qui elle a fondé un groupe de reprises déjantées « Les Red Legs » ou à travers son dernier album L’eau, que l’extra-terrestre jazzy Albin de la Simone lui a réalisé avec amour et dont les rythmes de chansons telles que Je suis Liquide ou La Peau sur les Eaux, permettent à notre chanteuse de s’épanouir pleinement sur scène.

    C’est d’ailleurs sur la scène du Trianon, vendredi dernier, que j’ai remarqué le changement sensible de Jeanne. Lors de la tournée 2004, j’avais été un peu déçue. Peut-être par réaction aux critiques sur ses excès vocaux, elle était devenue une jeune fille presque sage aux cheveux proprement coupés et revêtue de petites robes noires classiques qui s’offrait à nous de manière presque soumise. Son grain de folie semblait s’être envolé avec ses tresses et sans vouloir jouer les Benichou, je l’avais trouvé un petit peu fade. C’est donc vendredi soir que j’ai enfin retrouvé la Jeanne Cherhal que j’aimais, celle qui n’a pas peur de porter des collants verts et des Doc Marteens montantes, celle qui pousse de petits cris, celle qui joue avec des percussions étranges et se gargarise dans le micro avant d’entamer L’Eau, son morceau aux rythmes tribaux, celle qui endosse sa guitare rouge vif, celle qui s’éclate à la basse, celle qui va, qui vient, celle qui rit et fait rire, qui marque le tempo en tapant sur le coffre de son piano ! Et puis surtout, celle qui n’a pas peur d’aborder les thèmes les plus difficiles, voire dérangeants comme l’excision, le problème du voile, les troubles de la nutrition ainsi que la chirurgie esthétique et les petits deux roues !

    Pas de doute, son aventure underground avec JP Nataf et sa collaboration étroite avec Albin de la Simone lui ont enfin permis de retrouver sa confiance, son dynamisme naturel et son originalité. Je suis conquise à nouveau et j’ai hâte de la retrouver un jour aux côtés de son frère de casserole, pourquoi pas le 9 décembre, lors de la dernière de Vincent à la Cigale ?

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Site officiel de Jeanne Cherhal