Suite et fin du feuilleton à rebondissements de la Première à la Cigale le 21 novembre 2006:

    Vincent quitte la scène. C’est l’heure des rappels. Les avis sont souvent partagés concernant ces derniers.cigale211106n4 Personnellement, je suis mitigée. Comme je le disais ailleurs, le fait de devoir réclamer la suite du spectacle me paraît artificiel, et bizarrement, je suis souvent moins attentive lors des chansons interprétées en rappels, comme si j’étais déjà sortie en esprit du concert et pensais déjà à trouver mon ticket de métro et récupérer mon parapluie tombé sous le fauteuil au lieu de continuer à jouir du spectacle. Doit-on demander à notre primeur de rajouter les quelques fruits qui manquent pour faire un kilo, en lui disant qu’il est le plus beau, le plus fort, que ses bananes et ses mandarines sont les meilleures du monde et que cela nous ferait tellement plaisir d’avoir la totalité de ce qui nous est dû ? Pourtant,  il faut bien avouer que l’intensité va jusqu’à redoubler quand, les lumières encore éteintes, nous frappons des mains et tapons des pieds, pressant l’artiste de revenir. Mais a-t-on besoin de commencer si tôt ? Cela semble être une petite manie de certains artistes de la Nouvelle Scène Française. Un journaliste de Libération (paix ait son âme), a parlé de "mauvaise habitude française". Cependant, pour prendre un exemple, les concerts d’Alain Souchon ne comportent qu’un ou deux rappels. Brel ne répondait à aucun bis ; il donnait tout d’un bloc et ressortait de scène, suant et vidé, pour ne jamais revenir. « Il faut quitter la table avec la faim » dit le proverbe.

    Malgré tout, il faut bien avouer que cette fois-ci, les rappels de Vincent ont commencé beaucoup moins tôt et que la durée du spectacle 2006 est d’environs deux heures, contre une heure trente à une heure quarante cinq en 2004 où nous devions bisser (avec un « b ») à peine soixante-dix minutes après le levé de rideau !

    Enfin, après nos réclamations de convenance, Vincent revient ! « Ouaiiis », crie le peuple avant de mettre quelques secondes à se rasseoir, luttant avec strapontin, manteau, sac et bouteille d’eau roulés à terre dans l’euphorie.

    Pendant ce temps, Vincent explique qu’il aime bien mettre du temps à revenir sur scène pour faire peur à son père qui croit que les gens vont finir par partir.

    Et là, il semblerait que ce soit au tour de Kensington Square. Je dis « il semblerait » car je n’ai aucun souvenir de ce moment. Je sais, pour avoir déjà vu le spectacle en octobre dernier, à Conflans saint Honorine, que cette version avec le groupe est nettement plus attrayante que celle piano-voix où j’avoue avoir piqué un peu du nez lors du Bataclan 2002, mais je ne peux vraiment vous décrire ce que j’ai ressenti cette fois, à La Cigale. C’est le trou  noir.

   Ambiance British oblige, Le Monologue Shakespearien suit de près la Bentley dans les rues de Londres. Alors que nous reprenons la chanson en chœur, Vincent complique les choses en remplaçant « une pièce polonaise » par « une pièce finlandaise » faisant sans doute écho aux « film finlandais sous-titré » de « C’est Bibi ». Quel taquin, ce Delerm !

    Comme l’ambiance est chaude et belle, nous voilà partis pour Il Fait si Beau. Le coup des affiches Benetton fait bien rire. Et notre chère Christine Boutin se prend encore au passage un petit coup de « name dropping » dans le tibia.

    Re-bis. Comment appelle-t-on un deuxième bis ? Un bis bis ? Un ter ? Après trente longues secondes d’un suspens insoutenable, Delerm apparaît avec celle dont il était amoureux quand il était ado et surtout celle qu’il invite régulièrement sur scène ou sur album, je veux parler bien sûr de…mais non, pas Christine Boutin, de l’actrice Irène Jacob. Je profite de ce passage pour dire que « Cosmopolitan » me manque beaucoup cette année, de même qu’ « Evreux » et « La vipère »…m’enfin, c’est pas moi qui choisis. Ceci étant, mon désir est presque exhaussé, car les deux tourtereaux nous offrent un duo inédit de La Vipère du Gabon où, comme vous le devinez, Irène joue la fille qui « attend des jumeaux » et Vincent le gars qui « sors toujours avec cette conne ». Cette version perd un petit peu de son intérêt premier, (la subtilité de cette chanson résidant justement dans le fait que c’est une seule personne qui rapporte tout le dialogue ce qui illustre encore mieux ce genre de conversations croisées et complexes que nous connaissons tous lorsque nous discutons avec une personne en faisant quelque chose d’autre en même temps), mais comme on connaît déjà la chanson et son rouage original, ce n’est pas bien grave. On enchaîne sur le chef-d’œuvre de Laurant Voulzy Mon Premier C’est Désir. Nous voilà projetés au cœur d’un second degré langoureux, où les « dadadam » Delermiens répondent amoureusement aux « Houhouhou » Jacobiens.

      Après avoir salué, les deux amis repartent dans les loges (comme on le voit sur la photo plus haut, non, ils n’avaient pas mis de chorégraphie au point contrairement aux apparences) et nous de repartir pour un troisième tour de standing ovation et de « Une autre ! Une autre ! » . Cette fois-ci cependant, le moment d’attente est légitimé puisqu’enfiler un cigale211106n2poncho, se coiffer d’un sombrero et poser sous son nez une fausse moustache retenue par un élastique peut bien prendre une bonne quinzaine de secondes. Et cela donne ce que vous voyez sur les clichés qui illustrent cette ultime partie de mon compte-rendu. Cela se passe de commentaires. Natation Synchronisée devient un petit moment de fête où Mathieu Mathuriau nous fait une démonstration de cris « à la mexicaine » qui font rire Delerm sous sa moustache qui lui donne de faux airs de détrousseurs de touristes en rase campagne. Pour compléter l'équipement du parfait petit "bobeauf", Vincent sort alors un tube à confettis qu'il ouvre tant bien que mal, sous les "houras" de la foule.

    Et comme quand y’en a plus, y’en a encore, après un je-sais-plus-combientième rappel, Les Jambes de Steffi Graff viennent clore ce match de pratiquement deux heures. Un feu d’artifice en noir et blanc sur l’écran sert de bouquet final et moi je suis bien contente d’avoir fini cette chronique dont je ne voyais plus le bout et qui permettra sans doute à beaucoup d’entre vous de revendre leurs billets pour les futures autres représentations puisque finalement, vous n’avez plus vraiment besoin de voir ce spectacle dont je ne vous ai épargné aucun détail.

    Cependant, pour les incorruptibles, il semblerait que la semaine prochaine, Irène Jacob soit remplacée par Alain Chamfort pour un duo sur L’Ennemi Dans la Glace si mes souvenirs sont bons. (info non sûre.)

    Au cas où cela vous intéresserait, je suis repartie en métro. Avant de quitter la salle, j'ai aperçu au balcon un Philippe Delerm soulagé et une Martine Delerm enthousiaste. Les gens avait l’air ravi et ma foi, moi aussi!

                                                                         Nounoursenbo_te_014

                                                                                                   

FIN

Les photos sont de Vindel sauf la dernière qui est de moi ; c’est la seule qui soit à peu près correcte d'ailleurs.

La video amateur de Mon Permier c'est Désir est de TheOlive31.