cigale03hr0Sans désemparer, Vincent s’installe derrière le piano. Mais quand je dis « derrière », je veux dire « derrière », pas « au » piano. Voyez-vous la nuance ? Je me demande si ce n’est pas pour jouer d’un clavier…je ne sais plus, ça m’a échappé. En tout cas, c’est l’heure de l’embarquement pour Voici la Ville avec son atmosphère intime et nocturne. Un film noir et blanc sur Rouen défile, sombre et flou, dans le fond de la scène. On aperçoit la silhouette de la Cathédrale au milieu des maisons, les lumières de la banlieue, la Seine argentée, un peu style ambiance générique de « Paris Dernière ».

    Remontons ensuite le fleuve jusqu’aux bouquinistes du quai des Grands Augustins à Paris. Vincent retourne à son piano et dans une ambiance jazzy endiablée, nous revoilà une fois de plus en train de parcourir Les Quatrièmes de Couverture. Comment se lasser de cette merveille, pour l’occasion réarrangée et qui sera, du reste, l’un des morceaux les plus applaudis de la soirée ?

    Mais chez Delerm, on aime les douches écossaises musicales, en l’occurrence, celle-ci sera plutôt suédoise, puisque la douceur reprend une fois de plus ses droits alors que Peter Von Poehl (vous savez, le gars de la partie I de mon compte-rendu ?) entre en scène, un magnétophone à la main. Il le pose sur le piano (c’est vraiment pratique un piano…c’est vrai, on ne peut rien poser sur une guitare, ou alors de toutes petites choses comme un briquet ou un paquet de Kleenex), le met en marche et repart d’où il est venu. Les deux bandes commencent à tourner et, contre toute attente, la voix du suédois s’en évade. Quand je connaissais Marine J’ai beaucoup réfléchi, comme vous, sans doute, à la raison pour laquelle Delerm n’a pas exceptionnellement délaissé le truc du magnéto ce soir-là, puisque Peter von Poehl était à la Cigale, en chair et en sweat-shirt. J’ai d’abord, mauvaise langue, pensé que Peter ne se sentait pas capable d’interpréter ce morceau sur scène puisqu’il a avoué avoir un peu de mal à chanter en français. Mais ce détail aurait-il pu vraiment arrêter les deux hommes ? Quelle importance que Peter ait chanté en français ou en yaourt ? J’ai ensuite préféré l’idée qu’une voix lointaine, comme venue d’ailleurs, devait mieux symboliser l’idée de l’ex amant disparu mais qui pourtant est toujours présent, à chaque instant, dans la vie du couple nouvellement formé. Il faudra divisé certains sentiments par trois… J’ai particulièrement aimé ce jeu de tambour si délicat de Nicolas Mathuriau ; vous savez un peu comme sur cette chanson interprétée par une femme grecque célèbre… Sur la route Parum Pum Pum Pum…Petit Tambour s’en va…Parum Pum Pum Pum…

    Bon enfin, puisque nous sommes en Grèce (un peu par ma faute, j’avoue), rejoignons Naples d’un saut d’autobus Positano. Vincent raconte qu’il y est allé il y a deux ans, un peu en traînant les Converses, mais que cela lui a permis d’écrire deux textes : A Naples Il y a et Déjà toi…Vincent nous y conte le charme et l’euphorie d’un amour naissant ; on voyage énormément dans cette chanson : de bus en tramway nommé Désir à Naples, l’amoureux transi prend le métro à Barbès, correspondance Gare de l’Est où il court prendre un train pour le Kenya alors que finalement, sa princesse l’attend quelque part rue Condorcet. Tout ça pour en arriver à cette terrible conclusion : le début d’une histoire, c’est toujours ce qu’il y a de mieux. Pas étonnant que tous les contes de fée se terminent où commence le mariage.

    Mais c’est l’heure de Sépia Plein les Doigts. Le groupe de Vincent redouble d’enthousiasme tandis que descigale01rj7 images publicitaires fournies par l’Education Nationale au temps où nos parents portaient des culottes courtes et mangeaient du Kiri, défilent sur l’écran. Les messages de l’époque sont drôles par leur niaiserie. Pour faire faire des économies à vos parents, n’acheter pas de bonbons et ne passez pas sous un autobus avec votre bicyclette ! C’est vrai qu’aujourd’hui on a remplacé les bon-becs par des Play Stations, et les autobus, les enfants préfèrent y mettre le feu.

    Pour redonner le moral aux troupes (personnellement, je ne trouve pas Sépia Plein les Doigts particulièrement déprimante, d’où mon interrogation concernant la pertinence de ce qui va suivre, même si c’est très rigolo), Vincent nous explique qu’il doit raconter une histoire drôle à ce moment du spectacle. Après une énième édition de la fameuse devinette « Qu’est-ce qui fait nioc nioc nioc ? Réponse : un canard qui marche à reculons » qui aura d’ailleurs un succès très mitigé auprès du public parisien, Vincent sort sa botte secrète : la blague Carambar ! J’ai eu l’idée avant lui mais bon, le voilà qui sort donc son papier de caramel et commence à lire : « Comment reconnaît-on une vieille folle dans un aéroport…ah ben non, la réponse est coupée. » C’est ça ce que j’aime bien chez Vincent Delerm, tous ces petits ratages faits exprès qui ont été préparés à la virgule près. Dans le public, une jeune femme réclame une histoire par Ibrahim Maalouf qui pique un fard dans sa trompette. « Quelqu’un de la famille ? », taquine Vincent. Pour sauver le trompettiste, notre chanteur utilise ses dernière munitions : la blague carambar à la fraise : « Quel est le comble pour un jaguar et une panthère ? Réponse : Etre félins pour l’autre. » L’assistance ne rit pas mais écrase une petite larme attendrie. (Message perso : je rappelle au passage que « Félin pour l’autre » est le titre de l’unique album du groupe Luna Parker, vous savez « Tes états d’âme Eric » ? Rien à voir avec le concert, mais j’adore cet album. D’ailleurs, si quelqu’un le possède en CD, quelque part dans sa cave, je veux bien vous le prendre contre un paquet de Carambars…

    A suivre …la partie IV arrive bientôt..   (ben dites donc ! Il était long ce concert !)

Les photos sont de Vindel