Catégorie Vincent Delerm

Blog consacré à...ben, Vincent Delerm

09 novembre 2006

"Le pays d'Avant"...

enfantEn 1975, trois évènements majeurs sont à retenir: La Loi Veil sur l'Interruption Volontaire de Grossesse est votée. Un merveilleux bébé qui, 30 ans plus tard, portera le doux pseudonyme de Crème voit le jour. Philippe Delerm et son épouse, tous deux professeurs de Lettres,  sont nommés en Normandie. Etonnante, tout de même,  l'évolution de la société et de l'Education Nationale, lorsque l'on sait que les jeunes professeurs normands sont aujourd'hui catapultés dans des établissements scolaires en banlieue parisienne et mettent des années avant de retrouver leur région d'origine!

L'année suivante, qui, si mes cours de calcul mental de CP sont encore frais, est l'année 1976, Evreux voit naître Vincent Delerm, un 31 août, jour qui fleure bon la rentrée des classes, les cahiers neufs, la gomme rose et bleue encore intacte et la colle dans les petits pots blancs à capuchon coloré . L'histoire est en marche...

   De l'enfance de Vincent, on trouve quelques traces dans les livres du papa ou dans certaines chansons inédites du fiston. Dans la maison en pleine campagne de Beaumont-le-Roger où les parents vivent encore aujourd'hui, Vincent coule des jours tranquilles, sans frères ni soeurs mais avec son chat Yaourt, immortalisé dans Le bonheur: tableaux et bavardages, publié en 1986 aux Editions du Rocher, l'un des livres les plus autobiographiques de Philippe Delerm:  Gala2004_03

J'ai du mal à écrire, aussi, sur un autre sujet que Yaourt - oui, c'est son nom, il aime le yaourt presque autant que les pulls en laine. Une colline rousse se profile à l'horizon de ma page du soir. (Le Bonheur: Tableaux et Bavardages Ph. Delerm p.77)

Qui pouvait penser que la première création littéraire de Vincent serait une épitaphe?

Il m'a demandé un clou et un marteau. Il a cassé des branches, et fabriqué une petite croix tordue qu'il a plantée dans la cour, tout près de son jardin. Il a disposé tout autour la plus belle pierre de sa collection - un quartz rose translucide et doux - , la marionnette de Yaourt que Martine avait faite, une immortelle rouge, et un message: "Yaourt, Minou, mon chat, mon frère. Que ces quelques mots te soit familial."  (Le Bonheurs: tableaux et bavardages Ph. Delerm p.88)

    A ses heures perdues, Vincent fait flotter des bateaux en papier sur la rivière d'à côté, joue au jardinier, lit Boule et Bill et Les Schtroumpfs, s'adonne à des activités théâtrales dans les déguisements que lui fait sa maman avec le tissu du Toto Soldes de Rouen. Je n'invente rien: 

- Tu peux essayer mais il est juste piqué. Fais attention aux manches et aux épingles.

Bouche fermée, regard baissé, au plus profond de lui, cérémonieux, Vincent s'avance vers la glace du palier. Ce bouffon là n'est pas celui des bosses et des grimaces. C'est le bouffon d'une alchimie princière, transparente. ( Le Bonheur... p.91)

Ceci explique sans doute cela: (Juin 06 Saint Brieuc)64rmimg_9755

Pas de télévision chez les Delerm mais des jeux de société. (Aujourd'hui, alors que le grand carré bleu a finalement trouvé sa place dans la luxueuse chaumière de Beaumont-le-Roger, c'est l'ordinateur à qui l'on ferme sa porte. )   Faute de RécréA2 et de Jacques Martin, on écoute des disques: Alain Souchon, Françoise Hardy, Barbara. Vincent voue une passion pour un certain québécois du nom de Gilles Vigneault dont il connaît les chansons et les chorégraphies par coeur! Et puis, on va au spectacle, dans les villes de la région ou à Paris: Philippe Chatel, Yves Duteil, les Frères Jacques mais aussi Julos Beaucarne, Angelo Branduardi (mais c'est qui ces gens???)  s'immiscent déjà doucement dans l'inconscient artistique du bambin. D'ailleurs, bien plus tard, lors d'un concert en 2004, Vincent reprendra la merveilleuse, la sublime, la génialissime chanson "Thé de Chine ou de Ceylan" de Philippe Chatel, ce dernier prouvant ainsi qu'il pouvait écrire des chansons d'amour tristes et romanesques et pas seulement des comptines où les ratons laveurs rêvent d'être en couleur et où les hérissons qui piquent ne veulent plus piquer.   Malheureusement, les raton laveurs sont noirs et blancs, les hérissons piqueront toujours et Vincent Delerm ne sera jamais facteur.  C'est la destinée.

Je regarde grandir Vincent. Il vient d’avoir huit ans. Je sais un peu ce qu’il devient dans la tendresse, quand il nous dit: "Plus tard, je serai facteur. Comme ça, je vous verrai tous les matins! Et puis il éclate en sanglots… (Le Bonheur... p.89)

C'est'y pas mignon?

Que reste-t-il aujourd'hui de cette enfance, de ce pays d'Avant dans le répertoire de Vincent Delerm? Des influences musicales, certes, on les connaît toutes, mais aussi cette tendresse, ce calme chaleureux, cette inventivité élégante, cet enthousiasme doux et ce bonheur petit mais si bien composé que l'on retrouve autant dans les pages de Philippe Delerm que dans les chansons de son fils. Et plus concrètement, un bonbon Krëma, pas acidulé, mais de ceux qui ne sont pas difficile à mâcher, de ceux que l'on mange dans les autocars avec les copains, lors des Voyages Scolaires.

Posté par Creme à 21:34 - Il était une fois...Vincent Delerm - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Un beau début !

Vraiment bravo, tu écris très bien, l'enfance de Vincent est là devant nos yeux ...

Posté par Marie-Charlotte, 09 novembre 2006 à 22:38

merci...

...pour tes encouragements, MC. Je sais que j'aurai au moins une lectrice fidèle! ;-)

Posté par crème, 09 novembre 2006 à 22:46

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