Je ne devrais même pas rédiger un message sur le ravissant fiasco de ce soir. Pourtant, fidèle à l'esprit Delerm, je me dois de vous conter "ce petit rien", qui en l'occurence, était un "grand rien"!

   Déjà, quand je suis rentrée du travail, je la sentait mal, cette soirée au Tryptique, salle de concert grande comme deux fois mon garage mais encore plus délabrée...je soupçonne d'ailleurs les propriétaires de ce haut-lieu de la scène underground d'avoir payé très cher un architecte pour donner au plafond des allures de vieux crépis rongé par les champignons d'humidité et pour faire passer, sur toute sa longueur, deux énormes tuyaux on n'peut plus apparents, que les égoûts de Paris doivent lui envier.

   Mais reprenons. Donc, je la sentais mal, cette soirée.  Pourtant, ayant ouvert ce blog il y a quelques jours à peine, j'avais l'obligation et même le devoir de me rendre à l'enregistrement "entrée libre" de La Bande Passante, pour vous en rapporter un récit détaillé qui aurait presque consolé les nombreux (mais si!) lecteurs n'ayant pu s'y rendre. Ainsi, n'écoutant que mon altruisme, j'ai glissé du papier et un stylo (pour la tracklist) dans mon sac  et j'ai même planqué, chose que je ne fais jamais, un appareil photo numérique dans la poche interieure, (vous savez, celle qui se ferme avec une fermeture éclair et dans laquelle les filles cachent leurs tampons périodiques et leur sachets d'aspirine?).

  A 20h00, je suis sortie du métro Grands Boulevards, transie de froid mais le coeur tout chaud d'espoir.

  C'est à 20h05 que je suis arrivée devant le Tryptique, enfin, devant ce qui devait être le Tryptique puisqu'il était caché par un gros tas de gens qui s'étalaient partout sur les trottoirs et qui devaient certainement être sur place depuis une bonne demi-heure. Je ne sais pas qui de Tôt ou Tard, d'Infos Concert ou de Radio France a indiqué que la session commençait à 20h au lieu de 20h30, mais j'ai rejoint, à mon tour, la foule des téléphones portables et des sacs  en toile "bobo".

  Et là, pelotonnée dans la (fausse) fourrure de mon (vrai) manteau et éclairée par le halo chaleureux d'un camion des poubelles qui faisait sa tournée dans une rue voisine, je me suis mise à réfléchir.

  Serai-je vraiment impardonnable de quitter trente-cinq minutes d'attente dans le froid, de rater la prestation médiocre d'un groupe auto-produit par la FNAC, de ne pas assister au concert de "miaulements" de ce cher Peter Von Poehl , (que j'aime bien, du reste, mais disons, que bon), le tout entrecoupé d'interviews captivantes ("Alors, mais comment êtes-vous arrivé en France?" "Il paraît que vous enregistrez toujours dans le même studio, en Suède, c'est vrai?") ou de pauses interminables entre chaque set?

  Serai-je vraiment impardonnable, finalement, de refuser d'attendre deux heures, debout, dans la chaleur moîte d'une promiscuité bien plus qu'évidente pour enfin découvrir, aux alentours de 23h45, la session de Vincent, qui, avec un peu de chance nous chantera "Marine" avec PVP, "Sous les Avalanches" et puis "C'est Bibi" en changeant les noms des équipes de foot pour ensuite répondre avec un enthousiasme débordant, aux éternelles questions sur l'enregistrement de son album en Suède suivi d'une explication de texte évasive de sa chanson "Sépia plein les doigts"?

  Serai-je vraiment impardonnable?

  J'ai remonté le col de mon manteau, passé la main dans mes cheveux qu'un vent froid agitait comme les feuilles d'un arbre au début de l'automne, tandis que le camion des poubelles s'éloignait à l'horizon.

A 20h30, j'ai repris mon métro, en me disant que décidément, même la gratuité a un prix!